Musique et Copyleft, ça coule de source.
Après avoir fouillé jusqu'à épuisement sa problématique
spaciale, l'art contemporain "plastique" s'intéresse de près
à un autre type d'espace, celui du son, dévolu ordinairement à
la pratique musicale. Il est question alors d'espace sonore comme on parle de
plage horaire. La forme acoustique est bien palpable, elle occupe l'espace.
Si l'art contemporain excède son propre champ en allant s'exercer dans
de nombreux autres domaines comme celui de la musique, on observe qu'il excède
aussi le droit d'auteur, non pas pour le nier, mais pour en reformuler justement
les termes.
Ainsi le copyleft qui autorise la copie, la diffusion et la transformation des
oeuvres.
S'il s'agit d'un jeu de mot utilisé par Richard Stallman, créateur
du concept des logiciels libres et de la Free Software Foundation, pour désigner
les logiciels créés sous la General Public Licence, le copyleft
n'est pas pour autant le contraire du copyright. La GPL et autres licences libres
protègent les auteurs de qui voudrait faire main basse sur leur création
pour se l'approprier et empêcher qu'elle soit à nouveau copiable,
diffusable et transformable librement.
La Licence Art Libre, une General Public Licence pour l'art.
Créée par le collectif "Copyleft Attitude" http://artlibre.org,
la Licence Art Libre étend l'esprit de la création des logiciels
libres du projet GNU (dont les oeuvres les plus connues sont Linux, Gimp ou
Emacs) au domaine de la création artistique.
Il s'agit là, dans le domaine de l'art, d'excéder le droit d'auteur
classique, le copyright conventionnel pour autoriser la copie, la diffusion
et la transformation des oeuvres d'art .
Créer sous copyleft avec la Licence Art Libre c'est renouer avec une
économie propre à l'art et qui a depuis toujours permis la libre
appropriation des oeuvres de l'esprit. Ce n'est qu'avec le triomphe de l'individualisme
inconditionnel, à partir du rapport de Lakanal de janvier 1793, que cette
tradition millénaire fut entravée.
Le "hors la loi" des régles de l'art.
La Licence Art Libre, rédigée avec l'aide des juristes Mélanie
Clément-Fontaine et David Geraud, s'adresse à tous types de créations.
Contrairement à d'autres licences libres, elle ne fait pas de distinction
entre les différents genres de création. Pour les artistes à
l'initiative de cette licence, avoir un outil juridique qui concerne la création
contemporaine dans son ensemble est fondamental quand aujourd'hui la création
est transversale, multi-médias et excède, là aussi, sa
propre définition. La Licence Art Libre concerne la création artistique
sans que même les qualités qui sont reconnues propres à
l'art soient éxigées.
C'est à dire toutes formes de création à une époque
qui voit les plasticiens faire de la musique, les musiciens faire des installations
plastiques, les cinéastes procéder par cut-up littéraires
et les écrivains découvrir l'interractivité avec les lecteurs.
Créer collectivement à la première personne du singulier.
L'avantage du copyleft et la nécessité d'utiliser une licence libre comme la Licence Art Libre se fait sentir de façon évidente dans le cas de création collective. On parle alors de "création commune" puisque le terme de "création collective" n'a pas la signification qu'on pourrait lui attribuer... En effet, juridiquement la "création collective" appartient uniquement à l'initiateur de l'oeuvre créée à plusieurs.
Sans cela et malgré les bonnes intentions qui traversent de nombreuses
oeuvres d'art contemporain, la création qui se veut collective est en
fait toujours régie par le régime du droit d'auteur classique.
C'est à dire qu'elle appartient en propre à son initiateur et
à lui seul.
Où l'on voit que le discours qui entoure certaines oeuvres ne réussit
pas à briser les conditions qui cadrent son existence. Le copyleft redéfinit
un cadre juridique pour permettre réellement la création d'une
oeuvre collective, qu'on appellera "oeuvre commune" pour des raisons
de langage juridique.
Cette création commune n'annulant pas non plus toute échappée singulière. Ce qui appartient à tous, appartient à chacun et chacun peut créer pour son propre compte également. Ainsi, nous avons des arborescences de créations qui forment des noyaux à composantes multiples et des sattellites dispersés et mouvants.
Une musique libre, bien entendu.
Comme le dit Ram Samudrala, musicien et chercheur en biotechnologies: "La
musique est libre parce qu'on peut laisser ses amis l'écouter, la copier,
la faire entendre à leurs amis, et ainsi de suite. Dans une acception
plus radicale, la musique est totalement libre lorsqu'un autre musicien peut
utiliser une création préexistante comme point de départ
pour sa propre création. C'est alors que la musique libre devient très
intéressante. Et sans cette liberté, la créativité
humaine ne peut vraisemblablement pas développer toutes ses capacités."
Outre la Licence Art Libre, il existe d'autres licences libres dévoluent
à la musique comme la free music licence (http://www.ethymonics.co.uk)
ou la free music public licence (http://www.musique-libre.com)
ou encore la récente Open Audio Licence de l'Elelctronic Frontiere Foundation
(http://www.eff.org/IP/Open_licenses/20010421_eff_oal_1.0.html)
C'est là un mouvement mondial qui a le même potentiel culturel
que celui des logiciels libres et qui gagne du terrain de jour en jour grâce
à sa pertinance conceptuelle, à la qualités humaines de
ses acteurs et à ses compétences techniques.
Copylefter ses oeuvres.
Pour les artistes qui veulent créer sous copyleft, la Licence Art Libre
est simple d'emploi. Il suffit de mentionner :
[Quelques lignes pour indiquer le nom de l'oeuvre et donner une idée
éventuellement de ce que c'est.]
[Quelques lignes pour indiquer s'il y a lieu, une description de l'oeuvre modifiée
et le nom de l'auteur.]
Copyright © [la date] [nom de lauteur] (si c'est le cas, indiquez
les noms des auteurs précédents)
Copyleft : cette oeuvre est libre, vous pouvez la redistribuer et/ou la modifier
selon les termes de la Licence Art Libre.
Vous trouverez un exemplaire de cette Licence sur le site Copyleft Attitude
http://www.artlibre.org ainsi que sur
d'autres sites.
Antoine Moreau, initiateur de Copyleft Attitude.
Texte écrit pour Synesthésie. La copie du texte intégral et la distribution de l'article entier sont autorisées sur tous supports pourvu que la présente notice soit reproduite.