LJUBLJANA - L.L. de MARS - Octobre 2025

L'invitation faite par l'équipe de Stripburger à construire une pièce pour l'exposition collective Holyburger m'a amené à passer dix jours à Ljubljana. Le temps pris pour l'élaboration et le montage de Ekphraseis allait me laissait beaucoup de temps pour arpenter, dessiner, filmer et photographier la ville.

Ljubljana est une de ces villes chargées d'une étrange facticité, comme peuvent l'être Venise ou Brasilia ; ici, c'est un mélange hasardeux de vestiges soviétiques monumentaux et de kitsch autrichiens du XIXe, entre le Village de Patrick McGohan et la maison d'Hansel & Gretel touchée par une frénésie métastasique à l'échelle d'une cité. Je m'y suis promené des heures sans que jamais mon plaisir ne s'amenuise, mélange de torpeur provoquée par un sentiment absurde de familiarité dans un espace complètement inconnu, et de plaisir de n'y être rien ni personne, perdu dans ma langue et dans les usages.

Cette série de photographies tente de rendre sensible quelque chose de la singularité de Ljubljana, de ses espaces, de ses couleurs, des articulations de ses quartiers, des contradictions apparentes qui semblent composer un paysage politique,urbain, social, mêlé d'un conservatisme rigoriste et d'une ouverture accueillante à toutes les singularités.

Ce spectre d'habitus contrasté est sans doute l'effet le plus lisible du caractère contemporain et européen de Ljubljana et ne devrait pas, par ça, la distinguer des autres villes d'Europe où la passion fasciste avoisine la joie queer sous la menace constante de voir la seconde détruite par la première à chaque instant.

Pourtant, c'est la première fois depuis longtemps que je ressentais autre chose en me promenant dans la ville, une indicible lisibilité de ce maillage non pas comme un territoire de tensions menaçantes mais comme la fatale et imperturbable texture des variations humaines dans un même espace urbain.