| Bientôt, on abandonnera les
grades dans l’armée française : le général
deviendra un « patron », mais il est vrai que l’adjudant-chef
était déjà un « chef » tout court.
La dernière campagne de publicité du ministère
de la Défense devrait plaire au Medef.
Son accroche, virile, interpelle le chômeur ou le sans-emploi
sans détours : « Rares sont les entreprises où
vos collègues ne perdent jamais une occasion de vous soutenir
».

Si la solidarité n’est pas la règle (ce que
l’on se refuse à croire !) dans les sociétés
qui font la richesse de l’économie française,
il existe heureusement un lieu, une place, une forteresse où
ces valeurs, qui partent en capilotade à cause d’un
individualisme forcené, sont toujours présentes.
Le soldat, même tête nue, peut ici compter sur la poigne
qui le sortira de la mauvaise passe (grimper à la corde représente
des risques) dans laquelle un ordre, sans doute absurde, l’a
dangereusement placé.
L’armée était une grande famille (et une «
grande muette ») : elle prend dorénavant, sans complexe,
la parole et se place enfin au même niveau que les grandes
sociétés qui font la fierté du pays et les
rebondissements de la Bourse.
Suffit-il
de vendre récemment un DVD de « La 317ème section
» (excellents livre et film au demeurant) avec le journal
« Le Monde » pour sensibiliser la population aux nouveaux
enjeux entrepreneuriaux ?
A quand l’introduction de la société kaki au
CAC 40 ?
On connaissait la célèbre formule « Engagez-vous,
rengagez-vous ! ». La campagne de recrutement du ministère
de la Défense franchit un échelon (de l’échelle
de corde) de plus : car l’armée de terre, c’est
« Un métier, bien plus qu’un métier ».
Extrait d’un poste proposé : « Militaire de
Rang : Cavalier porté. Mission : Agissant aux ordres d’un
chef de patrouille ou d’un chef d’engin, le cavalier
porté participe à la protection des blindés
(sic). Il met en œuvre une panoplie d’armes antipersonnel
et anti-blindé (fusil d’assaut, roquette anti-blindé,
lance-grenade) au sein d’une patrouille ou d’une équipe
disposant d’une large initiative. »
Pour rivaliser désormais avec ce redoutable concurrent sur
le marché de l’emploi, les entreprises civiles n’ont
plus qu’à imposer le port de l’uniforme au sein
de leur organisation et réinstaurer une hiérarchie
qui soit nettement plus visible qu’avant pour le personnel,
grâce au port permanent du treillis, des galons, du casque,
et des médailles pour les piou-pious méritants…
Si l’on veut redresser la situation, il est quand même
temps de mettre tout le monde au pas !
D. H., 11 juin 2004.

Pour s’informer plus avant :
http://www.istravail.com/article185.html
http://www.recrutement.terre.defense.gouv.fr/
http://www.bibliomonde.net/pages/fiche-livre.php3?id_ouvrage=1920
http://www.theatreonline.com/indexation/a/detail_artiste10973.asp
http://fr.altermedia.info/index.php?p=4356&more=1&c=1
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