Mardi 29 juin
À la fin des années 80 Robert Heineken produisait la petite
vingtaine d'images de son portfolio intitulé Recto/verso,
images toutes obtenues selon ce principe déconcertant de simplicité
: faire des rayorammes de pages de magazine sur du papier cibachrome,
le résultat faisant apparaître en superposition parfaite (un peu augmentée
aussi de la matière du papier du magazine) les deux côtés d'une même page,
les deux côtés d'une égale intensité.
Le principe de fabrication rudimentaire cache une réflexion étonnamment
complexe à propos de ces images dites sur papier glacé, sans doute
parce que soudain le discours sous-jacent de cette imagerie, et notamment
l'image d'une femme terriblement apprêtée et cantonnée dans le rôle de
l'objet sexuel, devient apparent, visible et non plus serpentant dans
l'ombre, surprenant retour des choses puisque c'est, somme toute, en brouillant
deux images que Robert Heineken obtient une certaine clarté de vue.
La série Recto/verso était alors l'avènement logique d'un
travail commencé à la fin des années 60 début des années 70 que Robert
Heineken appelait la Guérilla artistique, ainsi nuitamment il avait
réussi à détourner une palette entière de magazines de mode, dans la même
nuit il avait sérigraphié au hasard des pages de ces magazines, par dessus
les habituelles images de mode, la photographie d'un soldat vietnamien
tenant dans chaque main une tête décapitée et sanglante. Puis il avait
reconditionné les magazines qui étaient repartis à la vente avec quelques-unes
de leurs pages parasitées.
Pour avoir fait des retirages de certaines des images de Recto/verso,
lorsque j'étais l'assitant de Robert Heineken à Chicago, il m'arrive fréquemment,
par jeu, de regarder cet espace infime qu'est une page de magazine vue
par transparence.
Et c'est ce que j'ai fait avec le dernier numéro de courrier Internationnal
et son encart à propos des photographies de presse, là-aussi étonnement
de voir les images ressassées de la publicité ici ciblée selon le
sujet de cet encart pour des appareils-photos dernier cri et des
images qui deviennent tout aussi rabâchées qui sont celles de la misère
du monde.
La vue par transparence de trois des pages de cet encart spécial donne
ceci.
Philippe De Jonckheere |