Découpes

Voir l' article CAVIARDAGES

Nous savons tous qu'il est impossible de jouir conjointement des propriétés littérales d'un texte — de s'abimer dans la décortication de son modèle — et de sa capacité narrative; l'un nous avale au détriment de l'autre, et la seule considération à l'égard de l'un — dans le temps de la lecture — gomme pas à pas toute attention à l'égard de l'autre : nous ne sommes jamais conjointement contemplatifs et herméneutes, c'est ainsi, et nous n'en souffrons pas puisque nous avons du temps pour nous dès l'instant où nous avons accepté d'être lecteur. Michel Vachey, dans cette série, donne un sens littéral à la solidification, et, du coup, invente une narration pour ce qui usuellement y fait le plus grand trou. Découpant des pièces de bois au gré des caviardages (ses bois découpés épousent les formes des "lézardes" typographiques que forcent ses rayures au marqueur sur les textes, plein ou creux du texte biffé), il matérialise (rend "exemplaire") un silence du texte qui n'est pas celui de la lecture mais qui n'aurait pas pu naître sans elle : obsédé, selon ses propres termes, par le déchet, le rebut, c'est l'étrange métamorphose de celui-ci en objet poli — précieux — qui convoque l'oeil du lecteur.

 

 

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