LL de Mars
début 2002

«L'avenir est rare, et chaque jour qui vient n'est pas un jour qui commence.»
M. Blanchot

Qui es-tu ? où et comment et de quoi vis-tu ?

D'où tu parles? T'es passé à la télé? T'as ton bac? Combien tu gagnes? Quête d'autorité


Je travaille depuis un peu plus de quinze ans sous le nom de L.L. de Mars ; je suis incrusté dans une dent creuse de la Bretagne, Rennes, depuis trop longtemps et j'y vis du R.M.I. Je sais plus très bien si c'est mon manque d'argent ou la certitude qu'à Kyoto la mélancolie a le même goût qui m'immobilise, mais je crois bien qu'on m'enterrera ici; la terre est un peu humide, les fleurs poussent bien.

On te connaît pour tes nombreuses activités... Pourrais-tu nous les décrire et dire comment elles s'articulent entre-elles ?

Les décrire, c'est à la fois très long et très rapide. Si je commence à être précis ça va être très ennuyeux; sinon, disons que comme tout le monde j'ai un champ spéculatif étroit, que je suis intellectuellement plus limité que mes ambitions, et que je roule depuis toujours sur deux ou trois idées à peine, quand la bêtise ne me pousse pas à les figer en certitude. Mais je m'offre tous les moyens possibles pour étayer mes prospectives, et pour ça les différentes pratiques artistiques apportent chacune un élément de clarification, d'expérience, d'invention, un système de modélisation propre défini par leur nature ergologique.
Certaines hypothèses ne se pensent qu'en notes de musique, d'autres en systèmes de représentation iconographique, d'autres encore en articulations narratives pour, au bout du compte, servir un même fond conceptuel. Tout ça brosse ma théorie du sujet, complète mon territoire organique en quelques sortes, l'étend.
L'autre raison est sans doute moins noble, ou moins méthodique, c'est l'ennui que me procurerait l'aliénation à une seule pratique et la panique imbécile, aussi, devant la possibilité d'être cloisonné.

Ergologique : c'est-à-dire (autant pour mon inculture !) ?

L'ergologie est une des branches de la théorie de la médiation établie par Jean Gagnepain, et je ne me réfère qu'à son écho dans le domaine des arts plastiques tel que l'enseigne Gilles Le Guennec; pour faire court, c'est l'étude des qualités spécifiques de l'outillage mis en branle dans la pratique et, surtout, de l'articulation des éléments de cet outillage entre eux.

«Certaines hypothèses ne se pensent…» Quelles hypothèses ?

Par exemple, l'hypothèse des "signifiants paradoxaux" que j'ai établis dans le roman "Moteurs ou les augures" (lisible sur le Terrier ici) se développe dans un espace exclusivement narratif et, surtout, ne peut se révéler que si cette narration joue de la mobilité et du pouvoir d'abstraction de l'écriture; prenant le prétexte de décortiquer des "signifiants paradoxaux" au cinéma, je piège peu à peu le lecteur dans une forme de signifiant paradoxal qui n'est possible que dans l'écriture.
Filmé, tout ça aurait été ridicule, redondant, il aurait fallu en faire des caisses pour donner du poids à ma démonstration. Et artistiquement, plastiquement, ça n'aurait été qu'une démonstration, puisque chaque image n'aurait pu être autre chose qu'un référent de cette démonstration. Elles auraient disparu comme image. Aucun intérêt.
Pour d'autres hypothèses, hors de la littérature, j'aurai bien du mal à en parler puisque, justement, je me les formule déjà dans la matière du medium appelé à les développer. Alors je ne vois pas très bien comment faire apparaître dans l'espace des formes spectrales pour t'évoquer un travail plastique, pas plus que je ne peux te "musiquer" un jeu d'idées appelées à donner le jour à une pièce sonore. On ne pense pas, je crois, qu'en mots.

Tu indiques quelques champs spéculatifs ; peux-tu préciser lesquels… ?

Tout de même, ce que je te dis, c'est "comme tout le monde j'ai un champ spéculatif étroit", alors...
Bon, quelques pistes tout de même; d'abord, ce que nous devons au mal. C'est assez millénaire, comme champ de travail, mais c'est inépuisable. Considérer le mal, la violence faite à des idéaux que nous nous sommes pourtant forgés, comme une des composantes essentiels de l'humain, considérer qu'être moral est contre-nature mais que c'est pourtant par-là que nous avons choisi de définir l'humanité, voilà qui est passionnant. Une anecdote me vient à l'esprit : on observe chez les chimpanzés une violence incroyable, de véritables carnages perpétrés chez d'autres familles de petits singes arboricoles, bref, une grande brutalité, que l'on ne retrouve pas chez d'autres singes. Il se trouve que les chimpanzés sont de loin plus brillants (ils s'outillent, s'enseignent l'outillage, par exemple) que des cousins beaucoup plus pacifiques. Hé bien en les observant dormir, on remarque les signes évident d'un sommeil paradoxal - activité onirique essentielle à la formation d'une intelligence supérieure - qui n'est possible que dans un profond sommeil. Et pour être si profondément endormi dans la jungle, c'est simple, il ne faut pas craindre de prédateurs, il faut être assuré de sa suprématie. Être une brute.
Mais pour un singe, la violence n'est pas un problème de définition personnelle; il n'a pas l'impression d'être moins simiesque quand il se déchaîne...
Un autre champ de travail pour moi est relatif à la notion d'échelle, notion essentielle à la compréhension de ce qu'est une image. Si on la considère comme une image, son échelle est toujours 1/1. Si on la considère comme un référent, la même image s'ouvre à beaucoup de variations...
Mon travail arpente ainsi les territoires imaginaires que nous tenons pour vrais, en leur associant par exemple cette drôle de figuration qu'est la cartographie, et la tentative de saisir l'échelle des déplacements (temporels ou géographiques) d'autres êtres vivants (des insectes principalement); ce qui m'intéresse ici est surtout le jeu des déplacements légers, le tout petit glissement d'un élément hors de son champ habituel d'action, qui le fait basculer dans la fiction.
Enfin, ce qui tient énormément de place dans mon travail actuel est ce que j'appelle l'organicité inventive, la façon dont on territorialise son corps, dont on s'invente, par la pratique de l'art, chaque jour, à soi-même. Je tente de montrer qu'il ne s'agit pas d'une métaphore, mais d'une réalité biologique (cf. Un artiste peut-il [...]).

Ça paraît très cérébral - où est le sensible ? (même si plus loin tu évoques le "piapia de la sensibilité")

Je parle en général seulement de ce dont je peux parler ; le rapport sensible (aux instruments de travail par exemple, à la nature même de certains sons, etc.) relève de l'idiosyncrasie, et pas du tout du tissu collectif, donc pas du langage.
De mes méthodes, de mes façons d'opérer, de mes choix, je peux parler en toute connaissance de cause, je peux informer.
Du reste, il n'y a rien à dire à part des grosses conneries dont le résumé est toujours "j'aime vachement faire ça". Ça rassure tout le monde sur le fait que les artistes sont des cons un peu rêveurs mais drôlement sympathiques puisque, comme tout un chacun, ils "aiment vachement faire des trucs". C'est sûrement un moyen infaillible de se rendre aimable que de déblatérer sur sa "sensibilité", mais c'est surtout la marque de vanité la mieux partagée du monde.

Quels sont les travaux en cours ?

Je remonte cette année un "jour des fous", au cours duquel j'invite autour d'une de mes partitions une dizaine de musiciens à la massacrer, équipés pour l'occasion d'instruments de musique qu'ils n'ont jamais pratiqué(n.d.r. : il s'est déroulé depuis l'entretien, voir ici).
En cours, aussi, une revue littéraire, MMI, à laquelle participent Stéphane Batsal, Christophe Petchanatz, Emmanuel Tugny; que de la fiction, des récits longs feuilletonnés écrits pour la circonstance au gré des numéros. Un bon stimulant pour travailler régulièrement et la possibilité d'en finir avec des tonnes de brouillons.
Le Terrier, le site que je pilote, est aussi un work-in-progress, qui va accueillir ce mois-ci une vingtaine de nouveaux travaux plastiques et littéraires, et un nouveau musicien, Jean-Paul Domb. Je vais monter dans un mois ou deux (dès que les textes sont achevés) un colloque qui fera suite à celui que j'avais organisé il y a deux ans "De l'humour libéral ou l'invention de l'idiot moderne" (http://www.atol.fr/lldemars2/idiot/) ; ce deuxième volet sera moins axé sur des généralités linguistiques et anthropologiques, on va recadrer avec Raphaël Edelman et Jean-François Savang sur les pratiques artistiques; le titre: "Un artiste peut-il travailler avec l'institution? Non."(qui s'est déroulé depuis, et dont le compte-rendu est consultable ici).
Sinon, je participe à des canards de BD, je fais des photos de bondage pour un magazine pornographique, je vais faire en octobre quelques lectures publiques et un concert dans un festival d'art contemporain, je fais quelques toiles pour des expos furtives, des conneries... C'est à chaque fois l'occasion d'essayer quelque chose de nouveau, de me foutre dans une situation difficile: pour ce festival, par exemple, je vais composer une pièce acoustique pour voix et saxophones, je vais momentanément laisser de côté mes recherches acousmatiques pour apparier deux instruments assez contradictoires, sans que ça ressemble à une musique de cirque ou un duel. 

A propos de " un artiste peut-il travailler avec l'institution ? non. " pourtant ça se fait couramment… alors : sont-ce des artistes ? de vraies institutions ? où est la faille ?

Je te rappelle que c'est le sujet de mon colloque, et que si je veux pouvoir finir mon texte, il faut que je mette toutes les chances de mon côté de ne pas en épuiser la matière avant (si j'en cause trop, il finira par me sembler déjà écrit et je ne veux pas perdre tout plaisir à le faire). Mais en gros, tu vois juste: oui, il y a un trucage obligatoire qui passe par la trahison du sens des mots "oeuvre d'art" et "artiste" et, ce qui est plus tragique, de leur substance, pour rendre une quelconque collaboration possible avec l'institution. Affaire à suivre.

Quand, comment ça a commencé ?

Je n'arrive pas à cerner un vrai point de départ, j'ai plutôt l'impression que c'était toujours là, même quand je faisais des bédés vers 8/10 ans pour épater mon entourage. Ce qui a été décisif, sans doute, c'est quand vers l'âge de treize ans, alors que je peignais mes premières toiles, j'ai saisi que l'art ne décorait pas la vie, mais qu'il était la vie même, que c'était le plus accompli des espaces de subjectivation (ça tenait évidemment de l'intuition à l'époque, et j'aurais été bien en peine de parler de subjectivation, on s'en doute).
Après, l'histoire est assez banale : la frustration de ne pas lire ce que j'aurais aimé lire m'a conduit à écrire, celle ne de pas entendre la musique que je cherchais à la composer, etc.
Et puis tout m'excite, tout m'amuse: quand j'ai travaillé sur des chantiers comme plaquiste, comme carreleur, dans le mois qui suivait j'exposais une série de travaux plastiques incluant tout ce que j'avais appris là-bas; la lecture de Fabre m'a conduit à produire des pièces et des textes entomologiques; j'ai fais de l'infographie dès qu'un ami m'a montré un Amiga, et l'acquisition d'une de ces machines m'a conduit immédiatement à composer des pièces sonores électroniques.
Quand mon ex-femme a décidé de se connecter à Internet, j'ai pas attendu deux semaines pour commencer l'aventure du Terrier. Récemment encore, la liquidation des fonds de ma précédente revue littéraire, La Parole Vaine, m'a permis d'acheter un appareil numérique pour alimenter plus facilement le Terrier en documentations; assez rapidement, je me suis mis à monter des albums de photos de concerts, à photographier avec acharnement tout ce qui se présente, et comme je le disais tout-à l'heure, je fais maintenant des séries de bondage pour un canard, je prépare un récit photographique de mes expéditions en Italie (un petit millier de pages qui galopent de Firenze à Venezia, en passant par Padova, Siena...). Le bondage, tiens, c'est la dernière activité qui me tienne en ce moment : je couvre de croquis préparatoires des cahiers, j'ai trouvé quatre modèles très différents, et j'essaye d'inventer de nouvelles méthodes de liens, de comprendre mieux ce que recouvre cette étrange scénographie du corps.

Avec qui (éventuellement) travailles-tu ?

Je travaille par affinités électives, politiques. Impossible pour moi de travailler avec quelqu'un dont je réprouverais quoique ce soit dans sa pratique artistique. Je travaille avec des gens que je ne connais pas forcément "physiquement" mais dont la ligne de conduite intellectuelle, artisitique, dialectise intelligemment la mienne. Je ne cherche pas l'approbation, la fusion, mais bien l'affinité, même si elle conduit à de féroces discussions, à des contradictions. Je travaille avec des gens dont je pense avant tout voir la bonté en oeuvre. À mon avis, la bonté n'est en aucun cas une propriété de l'âme humaine mais une composante essentielle de l'intelligence; je ne pense absolument pas que l'on puisse être intelligent et méchant. Mais comprends-moi bien : la bonté et la gentillesse n'ont pas grand-chose à voir; l'oeuvre de Thomas Bernard illustre très bien ce que je viens de dire.

A propos de la bonté et de la gentillesse, et de Thomas Bernhard, peux-tu développer un peu ; c'est intéressant.

C'est avec le sourire qu'on nous conduit généralement au carnage (flatterie politique, appel au bon sens etc.). C'est avec férocité que des gens comme Thomas Bernard nous conduisent à être meilleurs. 

Rencontres cruciales ? 

Michel Vachey, dans les années 80; je rumine régulièrement son suicide (en 87), je me surprends souvent à brailler: "putain, ce truc-là, cette revue, ce concert, qu'est-ce que j'aurais adoré le faire avec toi, tu me manques". Il a su voir dans le médiocre adolescent balbutiant encombré par ses modèles un type capable de s'en tirer. Je ne sais toujours pas comment : quand je relis ce que je faisais à l'époque, que je réécoute la musique... Et toutes ces toiles merdiques, je ne sais pas quelle dispositions intellectuelles ont permis à cet homme si brillant, cet écrivain inouï, de voir autre chose que de la confusion et de la sottise dans ce fatras. Et tout ça était si banal en plus, si chichiteux. Pour ma part, je n'aurais rien vu, je crois. J'aurais ricané. Il m'a enseigné en tout cas à me méfier de l'éternité, de la lisibilité immédiate.
Puis ce furent mes amis, ceux avec lesquels j'ai monté la Parole Vaine, dont les oeuvres sont présentées dans le Terrier, avec lesquels j'aime encore travailler aujourd'hui : Julien Demarc, Laurent Pinon, Jean-François Savang, Raphaël Edelman, Marc Cornic, Olivia Blondel, Stéphane Batsal, Emmanuel Tugny. Il y a aussi mon modèle de vie, celui qui parvient à cette prouesse à laquelle je n'atteindrai jamais, ne rien faire, absolument (ne rien produire), l'homme qui égrène ses jours en lisant, en buvant, Guillaume Chailleux. Je sais qu'au fond il a raison, sur toute chose; mais ne rien faire, je ne sais pas. Ce qui les rassemble tous à mon avis tient en deux choses: ils sont très difficiles sur la qualité de leur bonheur ; et ils savent se choisir des ennemis à la hauteur.

Où cela veut-il (peut-il, doit-il) mener ?

Je ne sais pas; je mentirais en disant que je ne me pose jamais la question, mais je n'y réponds jamais. Je crois que c'est une mauvaise question, elle suppose soit un attendrissement sur le passé, un attachement immobilisant à l'accumulation, la patrimonialisation, soit un rapport économique à la finalité (une économie étendue, bien sûr, je ne suis pas en train de parler d'argent), et pour moi l'avenir est une lubie, une mouche agaçante qu'il faut chasser de la main.
Il me manquait un verbe, récemment, pour évoquer mon rapport au temps; si les verbes avoir et savoir entretiennent un amusant dialogue, alors il me faut le verbe sêtre. C'est dans celui-là que je me déplace.

Est-ce un plaisir ? un sacerdoce ? où sont les " bénéfices " ?

"Plaisir" le ferait croire dispensable; or ça ne l'est ni au général ni au particulier. Au général, c'est le reste qui est dispensable: actualité des événements, qu'ils soient militaires, politiques, financiers, tout est incroyablement soluble dans l'identité, le même; s'il n'y avait que ça, nous aurions le sentiment que le carolingisme a cinq ans. Mais il y a les oeuvres d'art, et il n'y a rien d'autre pour donner du poids, du sens, à l'aventure collective comme à la métamorphose du sujet. C'est étrange à dire, mais la Shoah ne serait plus rien pour personne aujourd'hui pour établir un portrait de l'humanité sans les oeuvres majeures que sont "Shoah" de Lanzman ou "Si c'est un homme" de Primo Levi. L'histoire, quand elle est seule, est livrée à la réfutation, aux changements affectifs des dispositions politiques, à la sauvagerie des nécessités. Le coeur et ses fadaises ne sont pas du côté qu'on croit, pas du côté de l'art.  Au particulier, c'est aussi le reste qui est dispensable; je dors sur un très mauvais matelas, je ne mange pas toujours bien, et je m'en fous; toutes ces sortes de choses sont bien risibles en regard de l'horreur que provoque chez moi l'impossibilité momentanée de travailler.
"Sacerdoce", et ça voudrait dire quoi? Que j'ai une mission? Je la tiendrais de qui, de Dieu? Je ne suis pas dépositaire d'autre chose que de mon corps et je ne suis pas assez mystique pour croire voir le visage de mon interlocuteur ; ne me souciant pas de savoir quelle est la substance de mon lecteur, de mon auditeur, comment pourrais-je désirer assister à sa métamorphose? Je fais ce qui s'impose à moi.
"Bénéfices", je paraphraserai Artaud: "j'accorde mes actes à mes pensées au lieu de tirer des conclusions de mes actes", j'invente chaque jour le sujet que je veux être, qu'il me semble devoir être. Plus que de plaisir, alors, c'est de jouissance qu'il faudrait parler, au sens psychanalytique (c'est-à dire déconnecté de la notion de satisfaction positive et immédiate); je pense de ce côté être un privilégié de la jouissance, de l'assouvissement.

Matériellement, ça se passe comment (habitudes de travail, manies…) ?

C'est n'importe quoi; je commence dix choses en même temps, certaines mettent sept ou huit ans à voir le jour, d'autres parasitent un travail en cours et prennent toute la place jusqu'à leur réalisation rapide, c'est toujours l'immersion dans le foutoir; je me mets systématiquement dans la position de ne pas pouvoir tout faire, d'être affolé, de risquer l'échec partout en même temps. C'est ma méthode, et je ne lâche jamais un projet. J'aime travailler dans le bruit, dans les lieux publics, ou le magnétoscope allumé (même pour faire de la musique), je cherche le parasitage systématique.

Les autres vies (professionnelle, familiale), quelles sont-elles ? et comment s'articulent-elles avec ton activité ?

Les autres vies, comme tu dis, sont aliénées à celle-ci; ce qui explique l'enchaînement régulier de mes vies de couple ; je réserve le même traitement à mon fils qu'aux autres, c'est-à dire d'être condamné à n'aimer en moi que ce que je fais.

De quoi es-tu, sur le plan de tes activités, le plus fier, content, satisfait… ? Quelles sont les " réussites " ?

Les seules choses dont je puisse être fier, vraiment, ce sont les organisations collectives : Le Terrier, les revues, les concerts à plusieurs. Lorsque je suis seul impliqué dans un travail, je n'ai pas de moyen de "le voir", aucune extériorité ne viendra compléter ce que je sais déjà, j'ai l'impression (sans doute légitime) d'être sur la ligne continue d'un travail en cours. Les travaux collectifs me permettent de voir en action le travail des autres, et je suis souvent fier d'avoir rendu certaines circonstances de leur épanouissement possible, ils me remplissent là où mon travail me vide.

Inversement, quelles sont ou furent les " grosses déceptions ", les échecs… ?

La plupart de mes oeuvres ouvertement et violemment politiques sont des demi-échecs en ceci: la confidentialité s'accommode mal d'une volonté publique de dire quelque chose de précis, la subversion se doit d'ébranler son objet pour qu'il y ait un écho à son sens :en effet, rien ne distingue un psychotique qui braille seul contre ceux qui lui mettent des implants pendant la nuit pour l'espionner d'un artiste qui stigmatise une institution qui ne lui répond jamais. Demi-échec, parce que je me réserve le droit de penser que j'ai bien conçu la moitié du travail (la réalisation de l'objet) et que je suis incapable d'en fournir la seconde (sa médiatisation).

Y a-t-il une dimension «fastidieuse» à cette activité (démarches, discipline…) ?

Un travail artistique devient fastidieux quand on n'y aménage pas la possibilité de le contrarier un peu, de lui faire prendre une autre voie, une forme inattendue; la vraie peste de ce travail, c'est le projet impeccable, précis, achevé. La pratique n'en est plus que le lourd pensum de mise en oeuvre, et tout ça est quasi contradictoire avec ma certitude que la pratique est le sens même d'une oeuvre d'art; cette pratique épouse vraiment toute la polysémie du mot "réalisation".
Sinon, ce qu'il y a de fastidieux, en général, dans cette pratique, c'est le paradoxe par lequel elle est censée être le lieu de votre advention, de votre représentation au monde, quand elle vous en prive la plupart du temps: isolement, solitude, sentiment d'atomisation.

Lectures, musiques, films, etc. favoris… autres activités (ou plaisirs)…

En ce moment: j'apprends l'italien dans des fumetti (Dylan Dog), je relis quelques bouquin de Benda, j'en lis d'autres de Quignard, de Didi-Huberman, je m'instruis sur l'histoire du cinéma expérimental en France, j'écoute Chopin, encore et encore (en ce moment même), Nono, Ligeti, je redécouvre Univers Zero que j'avais négligé adolescent pour leur préférer Art Zoyd, je reviens d'une représentation de "La vie de Galilée" de Brecht mis en scène par un incapable boursouflé d'affèterie et de bêtise (Jean-François Sivadier) et interprété par une galerie de cochons expressionnistes, je veux voir tous les films Japonais de ma vidéothèque qui m'attendent (Kobayashi, Misogushi, Naruse, Itami), j'expérimente des nouvelles recettes de vol-au-vent, j'aimerais faire un dessin animé en Flash, je vais aller louer "Liberté Oléron" et relouer l'extraordinaire "Témoin à charge" de Wilder. Peut-être aussi "Au-delà", de Fulci, pour le montrer à mon amie. Mais, j'y pense : qui ça peut intéresser, tout ça, hein?

Nourriture, boissons préférées ?

J'ai dû arrêter de picoler, ça dévorait toute ma vie. Voilà, depuis huit mois, je rêve que je bois. C'est terrible de pas toucher une goutte de Médoc à table. Pour la nourriture, j'aime tout ce qui est compliqué à faire, tordu, les machins qui me prennent trois heures de préparation avalés en deux minutes. Et aussi les viandes au four en sauce, trop riches bien sûr, les poissons en papillottes. "Vous aimez tout ce qui est bon? C'est très mauvais!". Je méprise la santé associée aux sources de plaisir.
Et j'aime aussi quelques vraies saloperies, de temps en temps: j'ai découvert un truc incroyable, c'est un ersatz de chocolat blanc, rien que le nom est un poème "confiserie blanche fantaisie", ça ne ressemble à rien de connu, c'est de la nourriture pour enmener dans une soucoupe volante, ça fait une pâte aérée dans la bouche, on dirait que c'est vivant, ça gonfle avec la salive.

La radio, la télé, les journaux… ?

Pourquoi faire? Qui est assez stupide pour penser que la télévision vous informe? Qui peut croire qu'apprendre en dix lignes ce qui vient d'arriver va vous enrichir? Vous venez d'apprendre un truc terrible à la télé; soit. Et qu'avez-vous appris vraiment? Qu'allez-vous continuer à apprendre de cette façon stupide demain, après-demain? Parlez-moi aujourd'hui de Tjibaou, de Hienghène, de l'implication du gouvernement Chirac, de Pons. Ou plus proche: du rapport sur la francophonie de Xavière Tiberi, précisément. Vous ne pouvez pas? Les détails vous échappent? Alors qu'est-ce qui a eu lieu pour vous? Vous êtes-vous demandé pourquoi? Les consommateurs d'info sont tels que seule l'immédiateté a du sens pour eux; peu importe ce qu'elle actualise, réifie; une info différée ne les intéresse plus; pourquoi diable? Je lis parfois le Monde diplo, des articles qui ont pris le temps du recoupement, de l'assemblage, de l'analyse, de véritables objets-à-penser. Je suis très gourmand de documentaires d'investigation pour les mêmes raisons.

Les animaux ?

C'est toujours une surprise émouvante de voir la vie en oeuvre dans d'autres corps, de la voir vraiment. Un corps chaud, poilu, ou mieux encore un corps complètement autre, une carapace de chitine, un insecte, une éponge, un poulpe. C'est à la fois émouvant et terrible, quelque chose de tenace, d'immémorial, incompréhensible.
Je suis très contemplatif devant les animaux (principalement les insectes). Je réprouve en revanche complètement la vie avec eux. Diderot disait à propos de femmes et d'amour qu'elles jettent aux chiens un sentiment dont elles ne savent que faire. Ça s'étend évidemment aux hommes. Les amoureux des animaux ne savent que rater leur prochain, et sont tout émus de se trouver émouvants. Ils aiment la faiblesse parce qu'ils la dominent. Et ils détestent généralement leur prochain parce qu'il leur ressemble trop et que ça implique une responsabilité qui les dépasse.

Les choses que tu aimes beaucoup ?

La raison. La rhétorique. La sodomie. La dialectique. Le roman. La mélancolie. Les odeurs de corps puissantes. La solitude. L'ivresse de penser. La congédiation de toute colère, l'incompréhension devant l'hostilité. La vue d'un nouveau sexe de femme. Les quatuors à cordes.

Les choses que tu détestes ?

Le déplacement de toute chose dans la sphère affective, le piapia de la "sensibilité". La haine des intellectuels, le mépris pour les abstractions. L'utilitarisme du discours. L'absorption de l'art dans la grotesque notion contemporaine de culture. L'asepsie. Les arguments d'autorité. L'occultisme. La danse. Le sport. Les hypothèses collectives qui aliènent le sujet. La frivolité. La colonisation linguistique anglo-saxonne armée de sa prétendue évidence. Le négationnisme. Le fantasme de communication appliqué au langage.

Détester : " la sensibilité " ; pourquoi ? le plaisir n'est-il pas là, aussi ? Du reste, le plaisir, en parler un peu davantage ?

Je ne condamne pas la sensibilité, ce qui serait aussi stupide que de m'ériger contre la fatigue ou les flatulences. Je m'inquiète toujours, en revanche, de la voir devenir chaque jour l'argument le plus violent contre la raison. Mettre en avant la sensibilité c'est à la fois réfuter la responsabilité d'un homme devant ce qui le constitue vraiment, à savoir son langage, et réfuter ce que ce langage lui rend touchable, c'est-à dire la réalité. À celle-ci l'homo sensibilis préfère le refuge dans un rapport enfantin avec le réel (qui - rapidement - est la version livrée sans traduction de la réalité) et magnifier le sentiment d'appartenance symbiotique à un monde qu'on ne comprends pas, qu'on ne veut surtout pas comprendre, qu'on préfère voir vous comprendre. On n'a jamais autant méprisé l'intellect qu'au vingtième siècle (même si Flaubert s'en plaignait déjà), et on a de même jamais autant entendu d'hommes se définir par la certitude d'être sensibles; "Untel est moche, ou con, ou lourd; mais il est vachement sensible." , "Moi, tu vois, je suis un type plutôt sensible, tu sais"... Qu'est-ce que ça signifie? Seuls ceux qui n'épousent pas cette catégorie pourront répondre, et je doute qui quiconque veuille les entendre.
Supposer toutes les qualités du monde à cette nébuleuse appelée illégitimement sensibilité (qu'il faudrait plutôt appeler émotivité) et lui imaginer un plus étroit lien avec les faits (leur vérification) revient, par exemple, à condamner la Shoah parce que la vue de tous ces cadavres, un moment, vous a bouleversé, en oubliant que seule la raison peut vous conduire à éviter ce qui les a conduits à ces charniers ; car ce qui a conduit les Juifs aux chambres à gaz, c'est la sensibilité; cette forme particulière d'émotivité irréductible qu'on appelle l'antisémitisme. Les nazis haïssaient la raison; le troisième Reich est tout entier au service des qualités viscérales que l'homme est censé entretenir avec le monde, et le travail rationnel de l'historien y est remplacé par le sentiment mythologique d'appartenir à un mouvement qui dépasse la raison.
Une fumeuse et tenace compréhension mécanique et manichéenne du monde placerait le plaisir d'un côté, et la réflexion de l'autre. Comme si l'intellection était une souffrance qu'il vaut mieux s'éviter; mais c'est faux. La pensée est une source irremplaçable de jouissance, de production, de bonheur. C'est assez marrant, d'ailleurs, que la condamnation d'usage sur la "branlette intellectuelle" laisse toujours de côté le fait qu'on se branle pour se fair jouir. Si on me faisait jouir plus souvent, je me branlerais moins.
Une dernière chose (mais qui mériterait sans doute bien plus de place que cet entretien) pour tous ceux qui supposent être plus près de la vérité quand ils sont renseignés par leur épiderme : nos organes sont cultivés. Vue, ouïe etc. Ceci, un artiste le sait d'expérience, un linguiste ou un anthropologue le sait de formation. 
Je voudrais finir ça, tout de même, sur un jeu de deux citations; la première est d'un de mes penseurs favoris, Julien Benda, dont je précise pour ceux qui ne le connaissent pas qu'il est un véritable démocrate, et que ce texte fut écrit juste après la seconde guerre mondiale. La seconde est d'Adolf Hitler dont les appels aux "sentiments" nationaux ont convaincu les neuf dixièmes de l'Allemagne de plonger dans la tourmente:

"Nous retrouvons là cette attitude purement sentimentale, dont le règne semble bien la caractéristique de l'époque actuelle et, il faut bien le dire, de la démocratie; c'est leur pâmoison en faveur des "jeunes" du seul fait qu'ils sont jeunes; des femmes du seul fait qu'elles sont faibles; c'est le larmoiement de la "journée des mères"; c'est l'attendrissement sur la famille (le "vote familial"); c'est l'extase des Mauriac et consorts dans l'ivresse de la charité; c'est la volonté de tout un monde de ne connaître, en fait de littérature, que l'oeuvre de sentiment - la poésie - à l'exclusion de tout travail critique; c'est la prétention d'un parti au droit de gouverner la France "parce qu'il y a eu 75.000 victimes"; ce sont les programmes politiques qui tous présentent à leur public les mots de liberté, de justice, de démocratie uniquement dans leur pouvoir affectif, et tous emportent son adhésion. L'avouerai-je? Pour cette société qui ne sait que les épanchements du coeur et ignore toute fermeté du jugement, j'ai le plus profond mépris et me moque totalement de ce qu'elle deviendra."
(J.B., Mémoires d'infra-tombe, 1952).

"Des oeuvres d'art qui ne peuvent être comprises et qui ont besoin d'être accompagnées d'un tas d'explications pour prouver leur droit à l'existence (rappelons qu'il parle des expressionistes et des cubistes...) et aller toucher des névrosés sensibles à ce genre de stupidités et d'insolences ne pourront plus atteindre ouvertement la nation allemande. L'ouverture de cette exposition marque la fin de la démence en matière artistique et, avec elle, de la polution artistique de notre peuple"
(A.H, ouverture de l'exposition de l'art dégénéré)

Religion, croyances, posture philosophique ou existentielle… quelque chose à dire à propos de la mort ?

Je suis monothéiste, lecteur irrégulier, beaucoup trop irrégulier, de l'Ancien Testament exclusivement. Je ne crois pas en la nature divine de Jésus Christ. Pour moi l'évangile est un ammoindrissement de la Loi Mosaïque, et sans doute un récit pour bonniches. Mais je sais gré au christianisme d'avoir pour axe de la foi l'incarnation, sans laquelle cette religion ne serait pas une religion de l'image. Pour la mort, je doute qu'elle puisse être notre objet (même si elle fut, entre autres, celui de Jankélévitch). Je ne me préoccupe pas de mon Salut en elle, le Salut c'est ici et maintenant, c'est dans la vie.

Une bien brave fée t'octroie trois vœux…

Je lui demande d'abord pour qui elle travaille.
Et puisque ce n'est pas "un", pourquoi s'arrête-t-elle à trois?
Je lui suggère de considérer que le désir ne se découpe pas. Ça l'énerve, elle tape du pied, et me dit qu'elle a d'autres souhaits à exaucer et qu'il se fait tard.
Je lui réplique qu'elle ne peut être qu'une médiocre fée: si elle a un quelconque pouvoir de cet ordre et qu'elle est bonne, comment se fait-il que sa bonté ne l'ai pas conduite à opérer de son propre chef les métamorphoses souhaitables du monde?
Et si elle est mauvaise, comment pourrait-elle interpréter correctement des voeux guidés par la bonté?
Je lui conseille d'aller se marier plus loin.

Quel est le genre de question qui t'irrite le plus ?

Qui vises-tu comme public?
Pourquoi est-ce que tu n'es pas plus clair?
Attaches-tu plus d'importance au fond ou à la forme?
À quoi ça sert ce que tu fais?
Es-tu pour la parité? 
D'une manière générale toutes les questions qui portent avec elle, déjà, une réponse prétenduement évidente portée par cette saloperie populiste qu'est le bon sens.

Et l'Internet dans tout ça ? ? ?

Plus rapide que la poste. Disons que ça évite certains quiproquos, et que ça en fait naître d'autres. J'apprécie le fait qu'internet m'ait permis de réaliser avec d'autres des travaux que mon mauvais caractère aurait sans doute rendu irréalisables dans la vie quotidienne. On peut supposer que l'habituelle confusion entre un auteur et ses oeuvres peut être contournée en ligne, qu'on peut canaliser l'attention sur le travail, fuir le biographisme; mais ce n'est pas si simple, au fond. Il y a tout de même quelque chose d'irréparable, qui érige parfois des actes futiles, qui n'auraient eu aucune conséquence dans la vie quotidienne, au rang de sceau indélébile. En toutes choses, le réseau trame un étrange maillage de paradoxes: par exemple les forums, listes de discussions, ont cet extraordinaire pouvoir de redonner du poids à la parole, de faire prendre conscience de ce que peut signifier la parole plutôt que le silence, de faire surgir une responsabilité dialectique; et d'un autre côté, c'est aussi un incroyable espace de déréalistation, qui fait prendre pour virtuelle une sentence pourtant bien prononcée, écrite, sur laquelle on pourra à tout moment revenir. On y rencontre souvent des gens qui s'emporte seuls devant leur écran, vocifèrent, comme si tout ce qui était dit était frappé d'irréalité, sans conséquences. 
Je me condamne évidemment à débiter quelques banalités, l'erreur étant sans doute de supposer une intégrité métaphysique particulière à l'internet, de vouloir le penser en dehors de ses spécificités technologiques, ce qui ne nous viendrait pas à l'idée pour d'autres supports d'informations; Mac Luhan est sans doute pour une bonne part le responsable de cette nunuche mystique du réseau, et tu vois, je n'échappe pas à la tentation de donner au guidage de l'ascension sur ce qu'il guide. J'aurais du en rester à "plus rapide que la poste". Le reste - les propriétés morphologiques - n'est pas strictement lié à l'internet, mais se retrouve dans tous les hypermédias (CDrom, bornes, et pour les espaces de discussions groupales, le minitel). La pensée de l'objet en serait donc la même; après, les différences du type "plus rapide", "plus simple", etc. ne sont en rien des différences conceptuelles.
L'indistinction nous guette en tout cas, mais ce fléau précède largement le réseau qui n'en est que la réalisation la plus accomplie; si on demande à un savant pour quelle raison il greffe un organe humain sur une souris, la seule réponse honnête qu'il pourrait donner est "parce que je peux le faire"; hé bien quand on peut mettre en ligne tout ce qui vous tombe sous la main, du futile à ce qui gouverne votre vie, la tentation est grande de laisser couler le flux des informations qui se ruinent les unes les autres, parce qu'on peut le faire. Mais est-ce si différent, au fond, d'une télévision qui prétend toucher à l'ajustement des idéaux démocratiques en invitant chacun à venir causer à tort et à travers, sur tous les sujets, comme si toutes les paroles se valaient ou si tous les sujets étaient d'une égale autorité? N'est-ce pas plutôt la formalisation du cauchemar démocratique entrevu par Godard, une démocratie pour laquelle la justice serait de répartir le temps de parole ainsi: "extermination : 5 minutes pour les Juifs, 5 minutes pour Hitler"? On voit assez rapidement que quels que soient les problèmes idéologiques ou anthroplogiques que semble faire naître le réseau, il lui sont en fait largement latéraux et il n'en est que l'image inflationniste et incontrôlée.

«Déréalistation» : voulais-tu dire déréliction ?

Ben, la déréliction, c'est un sentiment abandonnique, l'impression d'être lâché par Dieu, par tout, d'être livré à soi-même. Non non, je parlais bien de "déréalisation".

S'il existe des liens vers des sites (perso, ou présentant ton travail), merci de les indiquer…


Sites conseillés par ailleurs?


 

«Nous sommes lents à croire ce qui fait mal à croire.»
Ovide, Les Héroides

 

Interview réalisée par ch.petchanatz
début 2002
© LL de Mars & le pov rostre